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Valoriser un coproduit végétal par CO₂ supercritique

Valoriser un coproduit végétal par CO₂ supercritique : la France génère 12,1 Mt de coproduits IAA/an. Sélectivité lipophile, sans solvant, pilote en < 3 mois.

Cyrille Santerre, PhD. · · 8 min de lecture

Valoriser un coproduit végétal par CO₂ supercritique consiste à extraire les molécules de valeur d’un flux secondaire — marc de raisin, pépins, drêches, écorces, tourteaux — aujourd’hui orienté vers l’alimentation animale ou l’énergie. Le procédé isole sélectivement la fraction lipophile et les antioxydants de la matière, sans solvant résiduel, à basse température.

La France génère environ 12,1 millions de tonnes de matière sèche de coproduits agroalimentaires par an. Une part contient des composés à haute valeur que les filières classiques laissent passer. Ce guide s’adresse aux dirigeants agro-industriels, responsables R&D et innovation, et acheteurs techniques qui se demandent si un flux qu’ils paient pour évacuer pourrait devenir une source d’ingrédient.

À retenir

  • Les industries agroalimentaires françaises génèrent 12,1 Mt de matière sèche de coproduits par an (étude Réséda, 2017), dont ~75 % partent en alimentation animale.
  • Le CO₂ supercritique extrait la fraction lipophile à plus haute valeur, là où les voies conventionnelles s’arrêtent : sur la peau de tomate, la bioaccessibilité du lycopène passe de 3,5 % à 11,5 % (Foods, 2024).
  • Point critique du CO₂ : 31,1 °C et 73,8 bar. Procédé physique, sans solvant à déclarer ni à éliminer.
  • apolaire évalue la faisabilité d’un coproduit en moins de 3 mois et livre un rapport technique et économique de scalabilité.
  • Le marché des ingrédients cosmétiques upcyclés croît de 6,1 % par an jusqu’en 2034 (Fortune Business Insights, 2026).

Qu’est-ce qu’un coproduit végétal valorisable ?

Un coproduit végétal est une matière générée en parallèle d’une production principale, qui conserve une valeur exploitable : marc et pépins de raisin issus de la vinification, drêches de brasserie ou de tomate, écorces et peaux de la transformation des fruits, tourteaux des filières oléagineuses. Selon l’étude Réséda (2017), les industries agroalimentaires françaises produisent environ 12,1 millions de tonnes de matière sèche de coproduits par an, dont près de 75 % sont orientés vers l’alimentation animale. Un coproduit devient valorisable en ingrédient lorsqu’il concentre des composés lipophiles ou antioxydants — huiles, tocophérols, polyphénols, caroténoïdes — récupérables par un procédé sélectif plutôt que dégradés ou dilués dans un usage de masse. La distinction est économique autant que technique : la même tonne de marc orientée vers l’alimentation animale vaut quelques dizaines d’euros, alors que sa seule fraction lipophile, extraite et qualifiée, peut alimenter un ingrédient cosmétique ou nutraceutique à plusieurs ordres de grandeur au-dessus.

Tous les coproduits ne se valent pas. Trois critères déterminent l’intérêt d’un gisement : la richesse en composés à valeur (un marc gras vaut plus qu’une fibre épuisée), la régularité du flux dans le temps, et la traçabilité de la matière. Un coproduit disponible toute l’année, issu d’une filière identifiée, se prête bien plus à un développement industriel qu’un flux saisonnier et hétérogène.

Le gisement français est concentré sur quelques filières. Les oléagineux en représentent la plus large part, devant la sucrerie et l’amidonnerie.

12,1 Mtmatière sèche/anOléagineux — 29 %Sucrerie — 14 %Amidonnerie — 13 %Autres filières — 44 %
Principales filières contributrices, ordre de grandeur. Source : étude Réséda, 2017

Pour le détail du procédé lui-même, voir le guide complet de l’extraction au CO₂ supercritique.

Pourquoi le CO₂ supercritique extrait plus de valeur d’un coproduit

Le CO₂ supercritique se distingue des autres voies de valorisation par sa sélectivité. Au-delà de son point critique — 31,1 °C et 73,8 bar — le dioxyde de carbone dissout préférentiellement les composés lipophiles : huiles, tocophérols, caroténoïdes, certains polyphénols. Cette sélectivité permet de cibler la fraction de valeur d’un coproduit plutôt que d’en extraire un mélange dilué. Une revue publiée dans Processes (2021) situe l’optimum de récupération des polyphénols et des flavonoïdes autour de 40 MPa et 35 °C avec un co-solvant éthanol, et rapporte une teneur en α-tocophérol significativement supérieure à celle des méthodes conventionnelles. La basse température préserve les molécules thermosensibles, et le CO₂ s’évapore sans laisser de résidu à déclarer. Cette combinaison — sélectivité, douceur thermique, absence de solvant — est ce qui permet de transformer un coproduit banal en actif qualifié, là où une extraction de masse ne produirait qu’un mélange peu différencié.

C’est là que se joue l’écart avec les valorisateurs qui travaillent en extraction classique ou par solvant. Une étude parue dans Foods (2024) sur la peau de tomate — un coproduit typique de la filière transformation — mesure une bioaccessibilité du lycopène de 11,5 % après traitement au CO₂ supercritique, contre 3,5 % par voie conventionnelle. Plus de trois fois mieux, sur la même matière.

CO₂ SC11,5 %Conventionnel3,5 %Bioaccessibilité du lycopène — peau de tomate
Source : Foods 13(5):775, 2024

Un valorisateur en extraction par solvant ne peut pas afficher cet argument. Il récupère un extrait, mais avec un solvant à éliminer et un profil souvent appauvri. La spécificité du CO₂ n’est pas un détail technique : c’est la différence entre revendre un coproduit en l’état et en tirer un actif à haute valeur.

Quels coproduits ont le plus de valeur par CO₂ ?

Les coproduits riches en fraction lipophile ou en antioxydants concentrés sont les meilleurs candidats. Le tableau ci-dessous synthétise les familles les plus régulièrement adressées, les composés récupérables et les débouchés associés.

Famille de coproduitComposés récupérables par CO₂Débouché principal
Marc et pépins de raisinPolyphénols, OPC, huile riche en tocophérolsCosmétique, nutraceutique
Drêches (brasserie, tomate)Lipides, caroténoïdes, fractions aromatiquesCosmétique, food
Écorces, peaux, pulpes de fruitsActifs lipophiles, arômes, pigmentsFood, cosmétique
Tourteaux oléagineuxTocophérols, insaponifiables, acides grasCosmétique

Chaque coproduit appelle une recette d’extraction propre. Un marc de raisin et une drêche de tomate ne se traitent pas aux mêmes paramètres de pression et de température. C’est précisément ce réglage fin qui sépare un extrait générique d’un actif optimisé pour la matière. Pour des exemples concrets filière par filière, voir nos études de cas d’upcycling par CO₂.

Ces extraits alimentent les trois débouchés du cluster apolaire. Pour la formulation, voir les actifs CO₂ pour la cosmétique naturelle ; pour les usages aromatiques, les arômes naturels en agroalimentaire ; pour les notes olfactives, les matières et coproduits en parfumerie.

De la matière au rapport industriel : le process de valorisation

La valorisation d’un coproduit chez apolaire suit quatre temps : la sélection et le sourcing de la matière, l’étude de faisabilité, le pilote d’extraction, puis la livraison d’un double rapport technique et économique. La faisabilité est conduite en moins de 3 mois à partir de quelques kilogrammes de matière. Elle établit le rendement réel, le profil des composés récupérés et une projection de coût à l’échelle industrielle. Ce dernier point fait la différence : la plupart des prestataires livrent un extrait et un profil analytique, mais pas de rapport économique de scalabilité. Or c’est ce document qui permet à un décideur de trancher entre un essai prometteur et un investissement de production : rendement par tonne, coût au kilo d’extrait, seuil de rentabilité. C’est le cœur de l’accompagnement 360° d’apolaire, de la sélection de la matière jusqu’à la préparation du scale-up.

Le rapport économique répond aux questions qu’un dirigeant pose vraiment. Quel rendement par tonne de coproduit ? Quel coût d’extraction au kilo d’extrait ? À partir de quel volume le projet devient-il rentable ? Sans ces chiffres, une faisabilité technique reste un objet de laboratoire. Avec eux, elle devient une décision d’investissement.

Pour le détail des livrables et des modalités d’engagement, voir notre process R&D complet.

Valorisation par CO₂ ou autres voies : comment trancher

Le choix de la voie de valorisation dépend de la valeur visée. Le CO₂ supercritique se positionne sur la voie « haute valeur », là où la méthanisation ou l’alimentation animale absorbent le volume à faible marge. Le tableau résume les arbitrages.

CritèreCO₂ supercritiqueSolvant (hexane)Alim. animale / énergie
SélectivitéÉlevée (fraction lipophile ciblée)Moyenne (lessivage large)Aucune
Solvant résiduelAucunÀ éliminer et déclarerSans objet
Valeur de l’extraitÉlevée (actif, ingrédient)MoyenneFaible (volume)
Déclarabilité naturelleAcquise (procédé physique)ContrainteSans objet

La question n’est donc pas « CO₂ contre méthanisation » : les deux peuvent coexister sur un même flux. Une fraction part en valorisation énergétique ; la fraction lipophile à valeur, elle, justifie une extraction sélective. L’enjeu est d’identifier la part du coproduit qui mérite mieux que le volume.

Valorisation, RSE et économie circulaire

Valoriser un coproduit en ingrédient répond à deux logiques simultanées : un revenu nouveau sur un flux jusqu’ici coûteux à évacuer, et un argumentaire RSE traçable de bout en bout. Le marché des ingrédients cosmétiques upcyclés illustre cette dynamique : il est estimé à 267 millions de dollars en 2025 et projeté à plus de 450 millions à l’horizon 2034, soit une croissance annuelle de l’ordre de 6,1 % (Fortune Business Insights, 2026). Pour une marque, un ingrédient issu d’un coproduit local revalorisé porte un récit cohérent avec les attentes des acheteurs : circularité réelle, sourcing français traçable, réduction de l’empreinte par cycle. Le CO₂ supercritique renforce ce récit, puisqu’il n’ajoute aucun solvant pétrochimique au procédé et recycle le dioxyde de carbone en boucle fermée.

Ce positionnement parle autant au directeur industriel qu’au responsable marketing. Le premier y voit un flux secondaire transformé en centre de revenu. Le second, un ingrédient à histoire, défendable sur une étiquette et dans un dossier RSE. Rares sont les arbitrages techniques qui servent les deux à la fois.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un coproduit valorisable et un déchet ? Un coproduit est une matière générée en parallèle d’une production principale et qui conserve une valeur exploitable : marc de raisin, pépins, drêches, écorces, tourteaux oléagineux. Un déchet n’a plus de valorisation économique identifiée. Le CO₂ supercritique transforme un coproduit en source d’ingrédient quand il contient des composés lipophiles ou antioxydants concentrés, là où la filière classique l’oriente vers l’alimentation animale ou l’énergie.

Quel volume de coproduit faut-il pour lancer un projet d’extraction CO₂ ? Quelques kilogrammes suffisent pour une étude de faisabilité. Un pilote sur mesure démarre généralement entre 5 et 20 kg de matière sèche, selon la densité du coproduit et son taux d’extractibles. Cette quantité permet d’établir un rendement, un profil analytique et une projection économique avant tout engagement industriel. Le premier résultat exploitable est livré en moins de 3 mois chez apolaire.

Un extrait issu d’un coproduit est-il déclarable « naturel » ? Oui. L’extraction au CO₂ supercritique est un procédé physique : le CO₂ s’évapore intégralement et ne laisse aucun résidu chimique. L’extrait ne contient que des molécules issues de la matière de départ. Selon l’usage, il peut répondre aux définitions « arôme naturel » (Règlement CE 1334/2008) ou aux référentiels cosmétiques naturels (COSMOS, ECOCERT), sous réserve de traçabilité de la matière première.

Combien de temps pour savoir si mon coproduit est valorisable ? Une première réponse de cadrage intervient sous 24 à 48 h après description de la matière. L’étude de faisabilité technique — extractibilité, rendement, profil des composés récupérables — est conduite en moins de 3 mois. Elle aboutit à un rapport technique et économique qui indique si la valorisation par CO₂ supercritique est pertinente, et à quel niveau de valeur, avant tout investissement de scale-up.


Un coproduit que vous payez pour évacuer contient peut-être votre prochain ingrédient. La seule façon de le savoir est de mesurer : extractibilité, profil, rendement, coût. Pour soumettre une matière et obtenir un premier avis de faisabilité, parlons de votre projet.


Expertise derrière cet article

Cyrille Santerre, PhD., enseignant à l’ISIPCA et expert apolaire en CO₂ supercritique, éco-extraction et analyse chimique (12+ ans de recherche). Pour la stratégie de sourcing et la mise en marché des ingrédients issus de coproduits, l’équipe s’appuie sur Arnaud Bellon, 25+ ans d’expérience en commercialisation d’ingrédients naturels (ex-Crodarom, ex-Symrise, ex-Biolande).

Sources citées

  • Étude Réséda (2017) — gisements et valorisations des coproduits des industries agroalimentaires françaises (12,1 Mt de matière sèche/an), reprise par INRAE.
  • Hidalgo-Sanz, R. et al. (2024). Lycopene Bioaccessibility from Tomato Peel Processed by Supercritical CO₂. Foods, 13(5), 775. mdpi.com/2304-8158/13/5/775
  • Supercritical Fluid Extraction of Bioactive Compounds from By-Products (review). Processes, 9(2), 357 (2021). mdpi.com/2227-9717/9/2/357
  • Fortune Business Insights (2026). Upcycled Cosmetic Ingredients Market. fortunebusinessinsights.com
  • Reverchon, E. & De Marco, I. (2006). Supercritical Fluid Extraction and Fractionation of Natural Matter. Journal of Supercritical Fluids, 38, 146-166. DOI : 10.1016/j.supflu.2006.03.020